20.09.2009

Fragment XXXXXXXXIX

Lettre XVIII

A toi Muse des muses

Nous nous sommes connus à travers la moire et la plaine blanche. Nous nous ne sommes jamais adressé la parole. Je te cherchais. Tu me fuyais. Tu me retrouvais. Je m’éclipsais. Pourtant nos âmes, à notre insu, se disaient beaucoup de choses. Derrière nos silences respectifs tout un monde se construisait. Ses attentes. Ses espoirs. Ses déceptions. Tout y était. Avions-nous besoin de nommer les choses, les êtres et les événements pour que nous soyons les bâtisseurs de cet empire ? Je t’avais déjà dit que nos cercles nous accompagnaient et nous préservaient jusqu’à la fin de la splendide œuvre. Tu es venu à moi. Je t’attendais. Je t’attendais avec la peur incessante de ne jamais voir se profiler ton ombre. Qu’est ce qu’elle était douloureuse et belle l’attente. Dure. Longue saison. J’avais le bout de fil dépendant du cercle. Je l’avais au bout des doigts. Je n’osais le toucher ou le tirer de peur de rompre tout le charme et la magie desquels tu es la seule à détenir la clé. Tes mots commencent à résonner dans ma tête depuis quelque temps. Tes mots écrits envers et pour moi commencent à colmater la brèche de ma tête. La fêlure n’est presque plus lézardée. Tu as rompu le silence. Je distingue le jour de la nuit. Mon ombre perdue dans le désert de Mars le long du Draa comme la folle du Mékong, reprend le chemin du retour. Elle disparait pour réapparaitre dans une sorte d’hésitation légitime. Avant chaque disparition elle me laisse une sorte de talisman énigmatique. Parchemin indéchiffrable qui s’évente avec le sable des dunes. Chaque fois tu es le seul signe que je reconnais de cette écriture. On dirait que mon ombre refuse de me rejoindre tant que tu n’es pas là. Maintenant et depuis que tu t’es manifestée, elle réapparait plus souvent… Ce matin après la nuit qui s’en fut fade, timide, grouillante de cris stridents naquit l’aube. L’aube n’est plus incertaine. Du ciel blême qui me révulsait j’ai entendu le spectre de ta parole. Muse des muses. Je sais. Jai l’intime conviction que nous allons parler de vive voix. Oui. Nous allons parler. Le monde se taira. Nos cercle ne feront plus qu’un. Mon ombre me rejoindra. Je me perdrai en toi. Je veux me perdre en toi. Mon corps se redressera. Je te regarderai dans les yeux. Je m’habillerai de tes mots. Tu te peindras des miens. La ville est trop petite pour notre amour. Le désert nous accueillera. Nous serons la fresque. Elle n’apparaitra que pour ne jamais disparaitre. L’œuvre est là. Inexorable. Indélébile. L’amour triomphera…

A suivre

Rachid Daouani, Béni Mellal, le 17 Septembre 2009

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15.09.2009

Fragment XXXXXXXXVIII

Lettre XVII

Muse ! je te laisse le temps nécessaire…

Cela fait déjà longtemps que j’ai perdu le sommeil. Cette nuit mon insomnie n’est pas douloureuse. Je t’écris là pour te dire combien je suis mieux après notre discussion. Je n’ai plus cette fièvre « inoriginelle ». Aucune angoisse de ne pas pouvoir dormir. Je savoure tes mots. Ceux que j’ai souvent envie d’entendre. Ils résonnent en moi avec la douceur chatouillante de ta voix. Ma tête n’est plus aqueuse. Tes mots égrenés comme un chapelet grouillent dans les trous de ma tête. Ma tête trouée à force d’avoir reçu les cieux écroulés sur elle. Mais là…les idées n’y circulent plus comme un courant d’air. Ton image et tes mots donnent plus de consistance à ma tête. Beaucoup de teneur à mes idées. De belles couleurs à mes rêves. Tu es là. Tu occupes l’espace. Mes lignes de fuite sont claires. Je ne sais par quelle magie elles vont en parallèles avec les tiennes. J’entrevois à l’horizon. Là-bas. Dans pas longtemps. J’entrevois la rencontre de nos parallèles. Mes mots ne sont plus verticaux. Leur horizontalité est un bon signe. Le rythme n’est plus fulgurant ni essoufflant. Ma démarche est plus lente. Mon arythmie s’est quelque peu calmée. Je fume moins. Je pense à toi. Je regarde tes yeux. Ta sérénité me contamine. Je vois ma tête claire de nouveau. De nouveau beaucoup de vacuité. Ma tête est posée sur ta poitrine. L’orage d’hier soir a fini par calmer ma tempête. Mon flanc tressaille par ton souffle…

Cela fait longtemps que tu es parti de ce pays qui te réclame maintenant. Moi aussi je te réclame. Malgré l’éloignement tu demeures en ses inflexions. Les miennes ont mal. Pour garder ton image, je ferme les yeux. Je m’entoure de mon cercle. Je le ferme. J’enfouis la clé dans mon cœur. Une fois dedans je romps avec l’extérieur. Plus d’intrus. Aucune autre pensée que la tienne. Je fais table rase du quotidien. Je suis un réceptacle. Tu es la seule à l’occuper. Comme tu l’as souhaité, je commence à retrouver mon sommeil d’enfant. Ta pensée est un giron dans lequel je me refuge. Mes mots indiqués par des chiffres romains en points de croix me permettent de suturer les blessures récoltées sur mes lignes de fuite. Tes mots finiront par colmater ma fêlure. Tes mains sauraient elles prendre mon visage ? Je te laisse tout le temps nécessaire pour le savoir ? Saurais-tu, pourrais-tu accueillir sur ta poitrine l’homme de la fêlure ?   

Rachid Daouani, Béni Mellal,  le 15 septembre 2009

20:29 Ecrit par danyrachid | Lien permanent | Commentaires (28) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

13.09.2009

Fragment XXXXXXXXVII

Lettre XVI

Pour toi Muse de Kaiss

Je te chéris femme !

En ce mois de septembre le temps s’effrite. La création bouillonne. Le corps est aux prises avec la parole. Les heures d’affliction s’éparpillent en petites notes de musique. Tordues et torturantes. Elles participent tant bien que mal à la belle œuvre depuis toujours attendue, espérée et convoitée. Tu ne peux savoir combien tu comptes pour moi. Toi. Ma plénitude. Je te chéris tant.

Je te chéris même si sous une autre apparence tu m’as enfouis sous terre. Je te chéris même si tu as piétiné mon sol. Là, avec ce nouveau visage, tu me fais l’effet d’un archéologue. Tes mots et tes interrogations O combien légitimes, me déterrent. Me dépoussièrent. Ton regard sur moi me remet à jour. Me met au jour. Ta tendresse et l’admiration que je lis à travers tes mots et ton regard m’arrachent des griffes du désarroi et de la lassitude. Tant ma douleur était intense.

Je veux te plaire. Encore et encore. Je voudrais t’impressionner. Donner le meilleur de ce que je suis. De ce que je pourrais être.

Je te chéris tant Femme ! Malheureux, à jamais, tout homme qui penserait exister sans toi, Femme ! Bénie sois-tu pour la splendeur dont ta présence illumine mon être meurtri. Mon être détruit depuis des années. La perfidie et l’ignominie ont eu raison de ma foi et de mes lois. Ta simplicité. Tes questions. Ton empirisme…Tous réunis ont fini par me réapprendre les balbutiements de la vie. Je suis à bonne école. Avec toi, je redécouvre le cri précurseur du mot « amour ». Tes leçons improvisées finiront par me faire prononcer ce mot dans toutes les langues. Même celles que je ne connais pas. Te dire encore et toujours : je te chéris tant Femme !

En lisant tes lettres je ferme les yeux. Je scrute l’écran de sous mes paupières. J’y vois un ciel étoilé. Une farandole de points lumineux. J’y retrouve mon sommeil d’enfant. Je te chéris parce que ta voix donne un autre goût à mes larmes. Tes interrogations me prouvent et me confirment dans mon existence. J’existe. Oui. Et tu y es pour beaucoup. J’ai une raison d’exister. Toi, Femme ! Voilà pourquoi je te chéris tant Femme ! Femme de mes rêves. Femme de mes souffrances. Femme de ma vie. Femme tout court. Muse de mes mots.

Rachid Daouani , Béni Mellal, le 11 Septembre 2009 , entre 3h et 5h du matin    

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07.09.2009

Fragment XXXXXXXXVI

Muse de Kais, je t’écris de Rabat Lettre XV Ces derniers temps je m’absente souvent. Tu ne le sais que trop. Je fonds dans la foule « ramadanesque ». L’été est caniculaire. Ramadan aussi. La foule au milieu de laquelle je me meus est trop bruyante. Elle vocifère des paroles insensées en cette fin de journée avant la rupture du jeûne. Ses paroles se heurtent au cercle qui m’entoure depuis que je te connais. Un cercle dont je me pare à chaque fois que je sors de mes rêveries solitaires. Un cercle que j’avais tracé à l’encre noire et rouge de mes mots et des tiens. Un cercle à la fois écrit et oral. Dés que je me mets dedans la foule ne me voit plus. Ou presque. Je deviens impénétrable. Mon espace-cercle est opaque et infranchissable. Je ne puis être et ne saurais vivre que dans ce cercle tant que tu es encore loin de moi. Espace de mon amour. Ma liberté. Toi. Mes mots et les tiens y circulent librement et lentement. A leur guise. Ils nous parviennent avec la lenteur de la sève ou du nectar qui coule de l’arbre qui nous donna naissance. Malgré le brouhaha de la foule ramadanesque, ta voix si lointaine court à moi et me parvient parfaite. Inexorable ta voix. La mienne ne parle que pour toi. De toi. Nos silences organiques accusés depuis nos quarante ans ne sont pas une faillite ni un abandon. Nous nous sommes tus pour mieux parler ; Ton silence et le mien ne sont guère une capitulation. Au-delà du brouhaha des foules insensées nous menons un acte de bravoure. Moi dans mon cercle. Toi dans le tien. Nos mots nous relient malgré les distances matérielles qui croient nous séparer. Nous sommes libres dans notre amour. Chacun dans son cercle. Chacun dans son pôle. Nous sommes les témoins et les détenteurs de l’intention primaire. Celle qui précéda la parole. Je pense. Je dis. Mon discours est décousu. Hétéroclite. Je marche entouré de mon cercle. J’entends les mots que je psalmodie et que tes lèvres étrennent à mes oreilles. Je te vois dans ton cercle. Robe blanche. Tu me regardes. Tu souris. Le Fiori. Casablanca. Un jour d’hiver. La pluie. L’après-midi. La foule insensée disparait sous l’éclat de tes dents ivoire. Ton livre à la main. Je te vois. Tu me souris. Tu m’attendais. Mon cercle s’élève. Je suis intouchable. Je flâne en hauteur le long du Bouregregue jusqu’au seuil de l’Atlantique. Sur le cap de l’Oudaya. Rabat, hier. Je surplombe l’horizon donnant sur l’autre côté de ce même Atlantique. J’entrevois ton cercle. Ton livre à la main. Robe blanche. Sourire ivoire. Je sais que viendra le jour où nos deux cercles ne feront plus qu’un. Je sais. En lui nous serons. A lui nous revenons…

Rachid Daouani, Rabat, 5heure du matin, le 07 Septembre 2009

© Rachid Daouani (Dépôt SGDL 09/2009)

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